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Source: Secretariat
20 December 2004


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07:43 >> L'invité de Matin Première

INVITE: Lakhdar Brahimi

CHOIX MUSICAL: Ella Fitzgerald et Louis Armstrong "Summertime"

JOURNALISTE: Jean-Pierre Jacqmin

JPJA : Lakhdar Barhimi bonjour, alors cet extrait de Porgy and Bess, le premier opéra noir des Etats-Unis. C’était l’Amérique de la ségrégation, l’Amérique raciste envers les noirs. C’est une façon pour vous peut-être un peu détournée de stigmatiser l’attitude américaine en Irak ?

- Non absolument pas. C’est comme vous dites, l’Amérique de la ségrégation, c’est l’Amérique de l’esclavage pour moi vous savez. C’est les Africains qui ont été transportés enchaînés très loin de chez eux et qui n’ont trouvé que cette musique spontanée - ils n’ont pas été à l’école - pour exprimer leurs peines, leurs souffrances, amis aussi leurs espérances.

JPJA : Mais ce n’est pas innocent Lakhdar Brahimi, si vous prenez ce choix musical là maintenant ?

- Non, c’est tout à fait innocent. C’est quelque chose qui m’a toujours plu.

JPJA : Alors l’Irak maintenant. Venons-y directement alors. Les élections, est-ce qu’elles sont possibles pour vous au 30 janvier ?

- Ecoutez, il faut quand même préciser très clairement que les Nations-Unies n’ont pas la responsabilité de l’organisation de ces élections et notamment, moi non plus, moi surtout, je suis très loin de toutes les décisions qui concernent ces élections. Alors, il y a une commission irakienne très appliquée qui travaille et à côté d’eux, il y a des experts des Nations-Unies très professionnels qui les conseillent et qui les aident au mieux. Mais les décisions ce sont les Irakiens qui les prennent.

JPJA : Mais faire des élections et prendre la décision dans un tel climat de violence et de terreur, vous disiez il y a peu de temps que ça vous paraissait difficile.

- J’avais dit ça au moment où Falludjia était en train d’être bombardée et effectivement, vous savez l’environnement sécuritaire ne peut pas ne pas avoir d’effet sur ces élections. Mais je vous dis, ce n’est pas nous qui prenons ces décisions, ce sont les Irakiens qui veulent ces élections, c’est leur décision, c’est leur pays. Ils connaissent leur pays mieux que nous.

JPJA : Vous semblez tr§ès distant. Vous êtes pourtant le conseiller spécial de Koffi Annan sur l’Irak. C’est la démonstration cette distance que l’ONU est loin de pouvoir retourner en Irak ?

- Non, ce n’est pas cela. Je crois que le secrétaire général parlait l’autre jour. Il dit que nous essayons vraiment beaucoup de notre mieux d’être aussi présents que possible, d’aider autant que possible. Pour le moment, nous apportons le soutien dont ils ont besoin, mais on va plus tard, s’ils veulent, les Nations-Unies peuvent les aider dans beaucoup d’autres domaines, mais les problèmes de sécurité sont pour le secrétaire général et pour nous un véritable cauchemar. N’oubliez pas quand même que 22 de nos collègues ont été assassinés le 19 août 2003.

JPJA : Donc, c’est l’insécurité qui vous empêche de revenir ?

- Absolument oui…

JPJA : … et pas le comportement américain et britannique sur place qui vous laisse très peu de place. Vous aviez beaucoup participé à l’élaboration du gouvernement qui a été mis en place et puis on a quand même senti à un moment que les Américains reprenaient la donne et mettaient les hommes à eux en place.

- Non, non, non. Vous savez, ça c’était les Américains qui nous ont demandé quelque chose de très précis que nous avons accepté. Ils avaient dit à l’époque « nous voulons sortir, nous voulons que les Irakiens la souveraineté, aidez-nous. » Nous ne pouvons pas dire non. C’est impossible. Quand un occupant, comme les Etats-Unis, vous dit, je veux mettre fin à l’occupation, aidez-nous à cela, vous ne pouvez pas dire non.

JPJA : Est-ce que vous diriez que maintenant, il n’y a plus d’occupation américano-britannique en Irak ?

- Non, je ne dirais pas cela. Il y a une occupation américano-britannique.

JPJA : Donc, on ne peut pas dire non plus que le gouvernement irakien a la souveraineté sur le pays ?

- Ce sont eux qui prennent les décisions, amis le pays est occupé quand même hein. Et ils travaillent sous occupation. Il n’y a pas de doute. Et là aussi, je le dis publiquement, enfin les Américains, les Anglais connaissent très bien ce point de vue, je dis « vous dites que vous voulez vous en aller, vous dites que vous voulez transférer cette souveraineté progressivement. » Les gens sont sceptiques aussi bien à l’intérieur de l’Irak qu’à l’extérieur. Il vous appartient vous Américains et britanniques et il appartient à ce gouvernement de démontrer que c’est vrai que l’Irak marche vers la souveraineté. Il faut convaincre ces sceptiques. Je ne crois pas que les sceptiques ont été totalement convaincus.

JPJA : Ces sceptiques, vous les avez un peu bousculés hier, vous étiez l’invité du sénat de Belgique et vous avez dit : les européens, bon, il s’agirait de prendre maintenant réellement attitude.

- Je ne crois pas avoir dit ça. Je crois que ce que j’ai dit, c’est quand même quelque chose que le secrétaire général a dit au lendemain de la guerre et ça moi, je le crois profondément. Vous savez, l’Irak est dans le malheur, est un pays qui a été attaqué, qui a été occupé, qui est sous occupation et qui vit maintenant un véritable cauchemar. Je dis après le secrétaire général que quelle qu’aie pu être notre attitude vis-à-vis de la guerre, et j’ai dit moi-même, j’étais contre cette guerre et je continue à penser qu’elle n’aurait pas du avoir lieu. Mais elle a eu lieu. Le pays est occupé, il s’y passe ce que nous voyons. Celui qui peut aider le peuple irakien à sortir de ce cauchemar devrait le faire. On devrait maintenant enfin voir comment nous pouvons nous mettre ensemble pour aider l’Irak à sortir de cette situation. Voilà ce que je dis.

JPJA : Lakhdar Brahimi, vous avez aussi mis l’accent hier sur ce que vous aviez appelé il n’y a pas tellement longtemps, vous ne l’avez pas répété je pense au sénat hier, mais, du véritable poison qu’était le gouvernement, l’attitude du gouvernement israélien au Proche-Orient…

- Oui, l’attitude s’il vous plaît, pas le gouvernement. Oui ! ce que j’ai dit hier et ce que je dis partout, c’est que vous avez un conflit entre les Palestiniens et les Israéliens, entre les arabes et les Israéliens. C’est dans l’intérêt de ces deux peuples palestinien et israélien, dans l’intérêt de la région, de nos voisins européens que la paix revienne. Ce que j’ai vu, c’est que cette attitude de gêne, chaque fois que les Israéliens font quelque chose on regarde ailleurs, on fait semblant de ne pas voir, n’est pas une manière d’aider le peuple israélien à assurer sa sécurité, le peuple palestinien à avoir son état. Ce que je dis, c’est qu’il faut aider. Quelqu’un m’a dit « comment, qu’est-ce qu’on peut faire pour exercer des pressions sur le peuple israélien ? » Je dis non, moi je ne vous invite pas à exercer des pressions sur le gouvernement israélien. Je vous invite à aider les Israéliens, mais à les aider convenablement, pas à faire ce que leurs instincts les plus mauvais, leur dit de faire. Vous n’êtes pas obligés de soutenir Monsieur Sharon quand il assassine des gens, vous n’êtes pas obligé de soutenir l’armée israélienne lorsqu’elle détruit des récoltes. Je crois que vous devez la condamner, condamner la destruction des récoltes parce que c’est la politique européenne qui met les droits de l’homme au centre de ses activités. Vous refusez de parler à la Turquie parce que, je ne sais pas, j’entendais tout à l’heure parce qu’ils ne permettent pas je ne sais plus quel groupe religieux d’ouvrir un séminaire et vous vous taisez lorsqu’un million cent mille arbres sont détruits. Vous taisez lorsqu’un mur est construit, que la Cour internationale de justice à l’unanimité condamne.

JPJA : Lakhdar Brahimi, il y a la mort d’Arafat qui vient d’intervenir, il y a peut-être un nouveau gouvernement palestinien, en tout cas de l’autorité palestinienne qui pourra voir le jour au lendemain des élections avec une certaine reconnaissance de Mahmud Abbas. Est-ce que vous pensez que l’année 2005 peut être une année d’un retour vers un processus de paix.

- Enfin, on l’espère, il faut l’espérer mais vous savez ça ne se fera pas tout seul. Les Israéliens refusent d’aller à cette conférence que les Anglais veulent tenir à Londres. Ca ne se fera pas tout seul. Ca ne se fera que si l’opinion internationale, avec les Etats-Unis en tête, mais aussi avec une attitude européenne nettement différente de ce que nous avons vu jusqu’à présent dise « écoutez, le peuple israélien mérite mieux, le peuple palestinien mérite mieux. » Il y a des accords qui ont été réalisés et signés à Oslo. Il y a la feuille de route que tout le monde dit avoir acceptée. Il y a ce travail excellent qui a été fait par Yasra Youssef Belline. Il faut maintenant commencer à faire la paix et cesser de s’entretuer.

JPJA : Lakhdar Brahimi, merci pour cette première partie d’interview. Vous restez avec nous toujours depuis Paris pour répondre aux questions des auditeurs tout à l’heure



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